La "loi Ferry"
indienne sur l'éducation adoptée sans enthousiasme
le 10/8/2009
à 9h30 par Yann Henaff
Inscrite
dans la Constitution depuis 2002, l'école primaire publique gratuite et
obligatoire a été votée par l'Assemblée mardi, deux semaines après son adoption
par le Sénat. La loi est pourtant loin d'être parfaite, selon ses détracteurs.
Depuis
mardi, les quelque 200 millions d'enfants indiens âgés de six à quatorze ans
ont théoriquement accès à l'école obligatoire et gratuite. En 2002, le 86ème
amendement avait fait de l'accès à l'école gratuite et obligatoire un droit
fondamental. Le Right of children to free and compulsory education bill adopté mardi le concrétise en harmonisant l'enseignement, les règlements
administratifs et les infrastructures.
Le ministre
du Développement des ressources humaines Kapil Sibal a qualifié le vote
de la loi de "pas historique" et d' "élan national qui
va modeler le futur de l'Inde". Selon lui, seuls douze enfants sur
cent entrés à l'école primaire finissent leurs études secondaires. Le
gouvernement souhaite porter ce nombre à 15 d'ici 2012 et à 35 d'ici 2020.
Le texte
prévoit de réserver un quart des places en écoles privées aux enfants
défavorisés. Les frais de scolarité comme la sélection des enfants sont
interdits sous peine d'amendes. Le ministre a par ailleurs indiqué qu'une
autorité serait mise en place dans chaque Etat d'ici trois ans afin de veiller
au respect des normes en matière d'infrastructures dans chaque école. La
notion d'obligation semble quant à elle assez floue, puisque Kapil Sibal a
expliqué à The Indian Express qu' "aucunes mesures punitives ne
sont prévues contre les parents qui n'enverraient pas leurs enfants à
l'école". "Des punitions sont inenvisageables car la plupart des
familles sont défavorisées", commente Ashish Kaushik, ministre du
Développement des ressources humaines de 2001 à 2006.
L'événement
semble historique, pourtant la presse indienne a préféré consacrer ses unes au
premier décès du à la grippe A. Une faible couverture médiatique qui fait écho
à la faible affluence des députés lors du vote de la loi mardi à
l'Assemblée (Lok Sabha), deux semaines après son adoption au Sénat (Rajya
Sabha). The Indian Express en a décompté 113 au terme du discours du ministre
du Développement des ressources humaines Kapil Sibal, sur un total de 545
sièges. Le faible intérêt porté à la loi par les députés comme par les médias
n'est pas pour autant le signe d'un consensus.
Vendredi en
fin de matinée, près de 200 étudiants, professeurs et intellectuels se sont
rassemblés à Jantar Mantar (New Delhi) à l'initiative de l'Association de tous
les étudiants d'Inde (AISA) pour protester contre la loi. Professeur d'économie
à l'université de Patna (Bihar), Nawal Kishore Choudhury tient à préciser que
les étudiants "ne s'opposent pas à l'esprit de la loi mais regrettent
plutôt son application partielle et dénaturée". "Le 86ème
amendement a établi le droit à l'école publique et gratuite comme un droit
fondamental, or cette loi ne s'applique qu'aux enfants de six à 14 ans",
explique-t-il. Il reproche également au gouvernement du parti du Congrès "ne
pas endosser l'entière responsabilité de l'application de la loi en
dirigeant une partie des écoliers vers les écoles privées".
Enfin, le
professeur doute tout simplement des capacités financière de l'Etat à appliquer
la loi. L'Inde consacre 3% de son PIB à l'éducation (contre 6,6% en France en
2007). 70 millions d'enfants indiens n'ont pas accès à l'école et plus d'un
tiers de la population est illettrée.
Source : http://www.aujourdhuilinde.com/actualites-inde-la-loi-ferry-indienne-sur-l-education-adoptee-sans-enthousiasme-3841.asp?1=1 |